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Design - Styles
Écrit par Mathieu   
Vendredi, 27 Février 2009 20:31

Les origines de l'Art Nouveau

La fin des styles classiques

Le 19ème siècle, en France, est le dernier à avoir connu le pouvoir royal et impérial. Jusqu'à cette époque, ce sont plusieurs siècles de règne qui ont marqué leur temps à travers des styles d'architecture et de mobilier reflétant la puissance des souverains. Un petit tour dans un musée, chez un antiquaire ou dans une salle des ventes nous donne un aperçu de l'étendue de ce patrimoine : les salons Louis XV et Louis XVI côtoient les bureaux Empire et les commodes Transition.
Fauteuil Louis XV   Bureau de style Empire
Le pouvoir royal aboli laisse place à un nouveau pouvoir. La règle n'échappe pas aux arts de la décoration. Ainsi, un vide apparaît : puisqu'il n'y a plus de pouvoir absolu pour imposer les styles, ces derniers peuvent être définis par les nouveaux détenteurs du pouvoir.
En France, ce sont les industriels et les bourgeois qui saisissent l'occasion. Ne se reconnaissant pas dans les styles classiques, symboles du pouvoir royal, ils vont être avides de styles marquant une rupture franche avec le passé. Ce phénomène est vrai en France et en Espagne, contrairement aux pays germaniques et en Grande-Bretagne dans lesquels le renouveau de l'art est soutenu par le pouvoir politique lui-même.
Inspiré par le mouvement anglais « arts and crafts » de l'époque victorienne, lui-même succédant aux pré-raphaélites, un mouvement naît à travers l'Europe. Un marchand d'art parisien, nommé Samuel Bing, prend conscience du phénomène et renomme sa boutique « Maison de l'Art Nouveau », donnant ainsi le nom francophone au mouvement.
Motif de papier peint par William Morris  Peinture pré-raphaélite par Edward Burne-Jones  Le magasin de Samuel Bing
 

L'invention du Design

L'ère industrielle

L'Art Nouveau est né pendant l'ère industrielle, période qui voit apparaître des méthodes de production à grande échelle, de nouvelles technologies et de nouveaux matériaux. Mais la production de masse s'accompagne d'un développement anarchique qui enlaidit les régions industrielles. Inspirés par les idées de Viollet-le-Duc en France et de Ruskin et Morris en Angleterre, les artistes refusent cette tendance et intègrent les techniques industrielles dans leur processus créatif. Ils montrent ainsi que l'art et l'industrie ne sont pas antagonistes.
Paysage industriel du 19ème siècle
Emile Gallé et les Frères Daum utilisent des techniques pour travailler le verre et créer des vases et des lampes.
Louis Majorelle conçoit et fabrique des meubles pour les particuliers, les hôtel et les restaurants.
Des architectes comme Hector Guimard ou Frantz Jourdain (La Samaritaine) exploitent la ferronnerie et l'acier pour réaliser des bâtiments d'un nouveau style, associant structures en acier et vitres ou vitraux.
Vases d'Emile Gallé  Vase Daum  La brasserie le Flo Excelsior à nancy  L'entrée du Castel Béranger par Hector Guimard  L'immeuble de la Samaritaine par Franz Jourdain

L'art pour tous

Avec l'industrialisation apparaît la misère dans les villes, conséquence d'une croissance rapide mal maîtrisée et de richesses inégalement réparties. Dans ce contexte, des courants de pensée veulent faire évoluer les sociétés en les rapprochant de celles du Moyen-Age, idéalisé dans ses valeurs sociales et artistiques. Il est intéressant de noter les similitudes entre l'art du Moyen-Age et les mouvements précurseurs de l'Art Nouveau : pré-raphaélites et Arts and Crafts.
Dans un esprit similaire, les artistes et architectes intègrent la notion de coût dans leur conception et cherchent à tirer profit des nouvelles techniques pour rendre l'art accessible au plus grand nombre.
La réalité s'est montrée moins tendre. La pauvreté ne s'est pas estompée et l'Art Nouveau a surtout profité aux gens aisés : riches bourgeois et industriels fortunés. Malgré cela, la volonté d'un art social accessible à tous a lancé les premières idées qui ont été celles du design industriel qui s'est développé par la suite, jusqu'à notre époque.

 

Un art total

L'Art Nouveau ne souffre pas la médiocrité... ni l'isolement ! Le mouvement est né à travers un courant de pensée, un peu utopiste, qui voulait changer la société. De la même manière qu'un courant révolutionnaire redéfinit une société dans les moindres détails, les architectes de l'Art Nouveau ont décliné le style dans toute son étendue. En plus de la conception d'un bâtiment en lui-même, ils ont parfois étendu leur travail à la définition des papiers peints, des portes de poignées, des vitraux, des meubles. L'architecte Hector Guimard a excellé dans cette discipline, non sans rencontrer parfois quelques oppositions auprès des autres corps de métier !
Il est vrai que l'Art Nouveau est un style très prononcé et particulier, ce qui le rend d'autant plus difficile à marier avec d'autres styles. Cela peut justifier la volonté des artistes de décliner le style à la totalité des éléments d'un bâtiment, respectant ainsi les principes d'harmonie et de vibration optique.

Un style décliné à l'infini

La conséquence de cette volonté d'art total est une richesse de production artistique dans de nombreux domaines. S'intégrant dans les bâtiments des architectes comme Hector Guimard ou Victor Horta, on trouve des mobiliers de Louis Majorelle, des vases et des lampes d'Emile Gallé ou des frères Daum, des vitraux de Jacques Gruber, des peintures de Victor Prouvé, des bijoux Lalique. La liste des artistes est grande et fait l'objet de nombreux ouvrages (voir références).
La maison Horta à Bruxelles  Vitrail par Jacques Gruber  Bijou par Lalique

Un rayonnement international

L'Art Nouveau est le nom français d'un mouvement plus large qui s'est développé en Europe, puis aux Etats Unis. Issu de l'Arts and Crafts anglais, il prend ensuite le nom de Modern Style, Studio-stil en Allemagne, Jugenstil en Autriche, Liberty dans les pays latins, Tiffany aux Etats-Unis.
Dans de nombreuses villes, les styles se sont développés avec chacun une identité propre. Le mouvement commence à Bruxelles avec Victor Horta, Henry Van de Velde. L'Ecole de Nancy développe un style particulièrement floral sous l'impulsion des artistes Majorelle, Daum, Gallé, Prouvé. Charles Rennie Mackintosh et l'école de Glasgow, Joseph Olbrich à Darmstadt et Otto Wagner à Vienne déclinent quant à eux une version plus sobre en privilégiant des lignes droites qui préparent le terrain d'un futur Art Déco.
Chaise par Mackintosh  Le pavillon de la sécession à Vienne par Olbrich
Les villes dans lesquelles le mouvement a émergé ont la particularité d'être industrielles et provinciales. Elles illustrent le caractère industriel qui a donné naissance au mouvement, ainsi que la notion de révolution face à un classicisme détenu par les capitales.
Le style est par la suite intégré dans les capitales. Guimard à Paris reprend les principes de l'Art Nouveau de Belgique et de Nancy, en préférant à l'art floral un style toujours en courbe mais plus abstrait.
Elément de décoration par Hector Guimard

 

Les caractéristiques de l'Art Nouveau

Les traits de l'Art Nouveau sont à trouver dans ses origines. L'influence pré-raphaélite et l'idéalisation du Moyen-Age, véhiculées par l'Arts and Crafts de Morris et les idées de Violet-le-Duc, ont conduit à un art floral rappelant les enluminures et les tapisseries de l'époque.
Tapisserie par William Morris  Tapisserie du 16ème siècle
L'influence végétale est la principale caractéristique de l'Art Nouveau, qu'elle soit explicite comme dans les créations de l'Ecole de Nancy, ou plus discrète voire abstraite comme chez Guimard et les écoles du nord de l'Europe. Elle donne lieu à des successions de courbes plus ou moins prononcées dont le dosage harmonieux est souvent inspiré par l'harmonie de la nature même. Emile Gallé disait lui-même : « ma racine est au fond des bois ».
Entrée de métro par Hector Guimard  Emile Gallé par Victor Prouvé
L'omniprésence de la nature se retrouve également à travers une autre influence de l'Art Nouveau : l'art japonais, qui par sa découverte en Europe au 19ème siècle, donne naissance à un courant artistique, le japonisme. Dans la culture japonaise, la nature occupe une place importante. Ainsi, nombreuses sont les estampes japonaises qui représentent des scènes végétales et animalières et des paysages. Le savoir-faire graphique développé au Japon a une influence évidente sur le travail des artistes de l'Art Nouveau. Pour l'anecdote, Samuel Bing, qui a créé le magasin « la maison de l'Art Nouveau » à Paris en 1895, était auparavant négociant en art japonais.
Peinture de Van Gogh montrant des influences japonaises en arrière plan  Couverture d'une revue d'art sur la Japon par Samuel Bing
 

Des concepts actuels

Bien qu'apparu à la fin du 19ème siècle, et malgré sa courte existence, l'Art Nouveau a été un mouvement précurseur qui a mis au jour des concepts toujours d'actualité.
La notion de l'art total est à rapprocher de l'essor actuel que connaît la décoration d'intérieur et l'architecture. Aujourd'hui, la décoration se vit non seulement à la conception d'un habitat, le style ayant désormais une grande importance y compris là où il était auparavant ignoré (logements sociaux), mais aussi dans le choix des matériaux de décoration jusqu'à la décoration d'une table, l'offre étant de plus en plus riche.
Aujourd'hui la conception d'un élément décoratif, qu'il soit un matériau, un meuble ou un luminaire, ne peut s'imaginer sans tenir compte de l'environnement technique et économique qui l'entoure. Le concepteur définit ses produits en ayant comme critères le style, l'innovation, le coût.
L'accessibilité des arts décoratifs au grand public n'a pas vraiment été réelle au temps de l'Art Nouveau. Elle semble pourtant exister aujourd'hui. Il suffit de regarder l'offre proposée par les grandes enseignes de meubles. Quoiqu'on pense de ces enseignes (les avis étant très partagés !) elles ont le mérite de proposer des articles de qualité à des prix abordables. Ces enseignes exploitent des techniques de fabrication industrielles et en grand volume, permettant une réduction des coûts qui démocratisent les articles.
 

Bibliographie

L'Art Nouveau. Klaus-Jürgen Sembach. Editions Taschen. 2002.
L'Art Nouveau. Pierre Loze. Collection "Tout l'art - grammaire des styles". Editions Flammarion. 1999.
Hector Guimard. Georges Vigne - Felipe Ferré. Editions Charles Moreau et Ferré. 2003.